Qui a peur du Grand Méchant Migrant ? (Who’s afraid of the Big Bad Migrant ?)

🇫🇷 / 🇬🇧

Ndlr : Le terme de migrant me chiffonne toujours un peu, on a cette impression d’une espèce d’oiseau rare, qui vole vers des climats plus paisibles (et, diront les vilaines langues, où fleurissent les allocations). Mais passons, il faut bien un terme technique.

Qu’il soit politique, économique ou climatique, le Grand Méchant Migrant effraye et défraie la chronique, en tout cas celle que veulent bien servir les médias au grand public (1). Pourtant, ces simples chiffres devraient détendre les plus coriaces : sur les 511 millions d’habitants de l’UE, 21 millions sont des ressortissants non-européens, toutes nationalités confondues (soit 4% de la population !) ; en 2015, le nombre d’immigrés en France était de 298 000 personnes (2), sur plus de 67 millions d’habitants (soit 0,44% de la population !). Pour la “Grande Invasion“, thème cher aux partisans d’une identité blanco-occidentalo-christianno-blanquette-de-veau, on repassera.

Le terme “demandeur d’asile” regroupe un vaste panel de migrants en difficulté, issus ou non de l’U.E.. Avoir droit à l’asile, c’est obtenir une protection face au régime du pays dont est issu le migrant. L’on peut être alors officiellement réfugié, apatride, bénéficier d’une protection subsidiaire ou de l’asile constitutionnel. Dans tous les cas, cette démarche n’est jamais une décision à la légère et constitue le plus souvent un choix sans retour. En effet, selon le statut accordé, le migrant ne pourra jamais retourner dans son pays, ou du moins pas avant plusieurs années. Le migrant peut fuir pour des motifs politiques et économiques (en gros, se faire persécuter ET mourir de faim), mais dans les faits, la préférence est donnée aux seuls migrants pour raisons politiques, au prétexte qu’après tout, il y a trop de monde et des flux migratoires de fauchés il y en a toujours eu, on ne va pas se laisser attendrir maintenant, du nerf voyons. Or, cette distinction, compréhensible sur certains aspects (par exemple, les réfugiés économiques et politiques ne dépendent pas de la même législation, les premiers sont concernés par le Ministère de l’Intérieur, les seconds par la Convention de Genève), permet surtout d’effectuer un tri sordide et d’exclure immédiatement et sous couvert de la loi des milliers d’individus. Le cas du Venezuela est particulièrement parlant : l’inflation monstrueuse, l’autoritarisme de Maduro et la délinquance quotidienne ont poussé des milliers de Vénézuéliens à tenter leur chance ailleurs, et notamment en Europe. Or, il est difficile pour nombre d’entre eux de prouver autre chose que leur précarité économique, de relier celle-ci à une pression politique directement exercée contre eux, ou de démontrer avec certitude les représailles en cas de retour. À moins d’être un opposant “de marque”, dont la parole et les faits sont médiatisés, telle l’ancien procureur générale Luisa Ortega, le migrant “lambda” peine à établir un lien de cause à effet particulier et unique entre son régime et sa fuite, difficulté par ailleurs renforcée par la barrière linguistique et culturelle avec son pays d’accueil.

Non, l’administration française n’est pas au service du migrant. Déjà, elle est tout sauf coulante : en 2016, sur 70 000 demandes d’asile, seule 1/3 a été accordé (3), et ce bien en dessous de la moyenne européenne (68% de réponse positive). Et un individu n’a droit qu’à une seule demande de droit d’asile ; le processus n’est donc ni illimité ni renouvelable. Ensuite, que celles et ceux qui n’ont jamais pesté de devoir se rendre en préfecture pour un papier de voiture jettent la pierre. Nul n’ignore l’aspect bien souvent spartiate des locaux (salles sans chaises, pas de climatisation ou de chauffage, toilettes hors d’usage), les longues files d’attente bien avant l’aube, du lundi au vendredi, parfois sur le chemin même des voitures, le manque d’accessibilité (ascenseurs inexistants ou en panne, pas de panneaux multilingues, etc.), et la fabuleuse logique bureaucratique (personnel débordé avec un guichet ouvert sur quatre, rendez-vous systématique à l’ouverture pour tous mais nombre limité de places distribuées en une heure, pas de regroupement des dossiers selon les nationalités ou la langue pour une gestion plus rapide, pas de traducteurs, etc.).

Le traitement des dossiers est long, très long. Chaque pièce demandée doit être envoyée en recommandé avec accusé de réception (5,10€ le courrier, coûteux pour une personne sans revenus). Toute erreur, comme un retard d’envoi de documents ou la non-présentation en préfecture (c’est-à-dire, la non obtention d’un rendez-vous qui, comme on l’a vu, est accordé sur un créneau extrêmement court à un quota lui-même très limité, et qui ne donne pas de certificat à ceux s’étant présentés mais n’ayant pu obtenir un horaire) met en péril le processus administratif, et entraîne des sanctions (par exemple la suspension de l’Allocation pour Demandeur d’Asile). En revanche, toute erreur de l’administration (perte de documents, erreur de frappe, envoi à la mauvaise adresse) n’entraîne aucune sanction pour celle-ci ou réparation pour le migrant. Si ce dernier n’a pas vu et signalé rapidement l’erreur commise, c’est lui qui se retrouve en tort et sanctionné. Dans certaines régions de France, l’accueil même des migrants est plus que douteux : de l’enfermement illégal puis expulsion à Menton cet été, à la persécution policière quotidienne à Calais, en passant par leur occultation lors de la visite présidentielle à Lyon.

En 1940, les émigrés allemands fuyant le nazisme avaient fait les frais du même système. Dans Voyage et Destin (Schicksalsreise), récit de sa fuite éperdue face à l’avancée de la Wehrmacht, l’écrivain Alfred Döblin (4) écrivait :

“Le voyage ne manquait sans doute pas d’intérêt : on traversait la moitié de la ville. Toutefois, notre besoin de voyage était déjà comblé. (…) On suait, et la fatigue commençait à se faire sentir. Plusieurs autos filèrent à côté de nous, nous dépassant. (…) L’allée s’était élargie jusqu’à former une sorte de place où se tenait toute une troupe de gens, des hommes et des femmes simplement et correctement vêtus. (…) Tous attendaient … attendaient d’être admis. (…) En haut de l’escalier, des gens allaient tranquillement de-ci de-là et s’appuyaient à la balustrade, le regard perdu. (…) Il faut aller chercher un numéro. (…) Nous reçûmes un numéro : il y avait plus d’une douzaine de personnes avant nous, nous étions arrivés tard et qui sait si nous serions reçus aujourd’hui, le bureau était fermé l’après-midi. (…) On s’entretenait avec tel ou tel compagnon d’infortune, qu’on n’avait pas vu depuis Paris. Ils venaient de différents camps et ils évoquaient d’autres gens, qui étaient encore en route. L’humeur générale était sombre : on essaie ici, mais il n’y a pas beaucoup d’espoir. On parlait de la situation politique, et c’étaient de déprimantes palabres.”

“Marseille ou la chasse aux visas”, extrait, éd. du Rocher, 2001, pp. 244-246, 1949.

Près de huit décennies plus tard, Ve République et révolution informatique incluses, rien n’a changé et le témoignage de Döblin demeure d’une troublante actualité. Les camps d’internements pour les Espagnols républicains puis plus tard les Harkis sont devenus des centres de réclusion et des bidonvilles que l’on ferme ou détruit de temps à autre sans proposer pour autant de solution à terme (si ce n’est l’expulsion).

Non, l’État ne verse pas des millions(ards) aux migrants. Que ce soit sous Sarkozy, Hollande ou désormais Jupiter, le Grand Méchant Migrant est et reste dans la dèche. Toute personne dans une procédure de demande d’asile n’a pas le droit de travailler. Elle doit attendre un délai de 9 mois et obtenir une autorisation provisoire de travail, à condition d’avoir eu au préalable une promesse d’embauche. Le travail au noir est évidemment pénalisé, que ce soit pour le migrant ou l’employeur, même dans le cas de menus services à la personne (ménage, garde d’enfants).

En théorie, le migrant peut demander l’Allocation pour Demandeur d’Asile. Cette aide financière (la seule d’ailleurs) est accordée à tout demandeur d’asile de plus de 18 ans :

  • si celui-ci en fait la demande
  • si celui-ci accepte sans réserve les conditions matérielles de l’Office Français de l’Immigration et de l’Intégration (par exemple, une adresse d’hébergement imposée)
  • si sa situation administrative est en cours d’examen
  • s’il possède l’attestation de ladite situation
  • s’il parvient à prouver un revenu inférieur au RSA.

Pour information, voici la grille tarifaire officielle.

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Prenons un exemple “plein tarif”, le premier cas. Admettons qu’un Grand Méchant Migrant seul touche sans interruption aucune l’ADA pendant 9 mois, et ce dès son arrivée sur le territoire français (chose qui dans les faits n’arrive jamais mais passons). Sur une durée de 270 à 279 jours à 6,80€, un migrant aura donc perçu entre 1836 et 1897,2€. Traduction concrète : vous envoyez un recommandé avec AR à 5,10€ à l’administration, vous pouvez faire une croix sur votre repas et dire adieu au bus pour vous rendre à la préfecture.

À titre indicatif, rappelons que la suppression de l’ISF est estimée à une perte de 5 milliards par an, le fameux CICE nous coûte 20 milliards itou, et l’évasion fiscale entre 60 et 80 milliards d’euros chaque année.

En théorie aussi, le migrant peut demander une Aide Juridictionnelle afin de bénéficier d’un avocat. Tout comme l’ADA, l’AJ n’est pas attribuée automatiquement, et la démarche est souvent longue. Autre légende urbaine : non, le Grand Méchant Migrant ne contribue pas au trou de la Sécu, il n’y a d’ailleurs pas droit et bénéficie seulement des soins d’urgence. S’il prouve la régularité de son processus de demande d’asile, il peut alors avoir droit à la Protection Universelle Maladie. De même, les démarches pour la PUMa sont fastidieuses ; sans aide associative, elle demeure bien souvent inaccessible ou même hors de connaissance du migrant. Le logement pose également problème, même en ayant obtenu le statut de réfugié. Les centres d’accueil sont saturés, demeurent alors le tissu associatif (Utopia 56, Roya Citoyenne …) et les initiatives individuelles (on songe notamment à Cédric Herrou). Depuis 2013, l’article L622-4 du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile prévoit effectivement de ne pas poursuivre l’hébergement à titre humanitaire (5). Dans les faits, c’est surtout l’article L622-1, datant de 1945, qui prime : 5 ans d’emprisonnement et 30 000€ d’amende pour tout hébergeant français ou ressortissant européen. L’acharnement policier et judiciaire contre Cédric Herrou constitue probablement le cas le plus emblématique, mais d’autres arrestations ou poursuites ont eu lieu : la retraitée Monique Pouille à Calais, l’universitaire Pierre-Alain Mannoni à Nice, le militant de la LDH Paul Garrigues à Dijon … Dans tout le pays, nombre de migrants se retrouvent à la rue, mineurs compris (6), ou dans des foyers d’urgence, côtoyant alors des populations marginalisées, et dans tous les cas n’aidant ni au suivi ni à l’intégration.

Les cas les plus précaires constituent la catégorie des dublinés, c’est-à-dire les Grands Méchants Migrants arrivés illégalement dans l’U.E. et dont les empreintes sont enregistrés dans le fichier Eurodac. Cela oblige le migrant à faire sa demande d’asile uniquement dans le premier pays où il a été contrôlé (donc en général dans le territoire d’arrivée), et à s’y faire reconduire s’il a le malheur de se trouver dans un autre pays. Or, la procédure Dublin III s’appuie à la fois sur un contrôle des faits et gestes du migrant et une facilitation de son expulsion : ce dernier est le plus souvent assigné à résidence ou placé en détention, mais pour autant sa procédure d’admission n’en est pas plus simple ou plus rapide. En cas de non respect des consignes (changement d’adresse, non présentation à une convocation), le migrant perd les maigres avantages dont il disposait (par exemple, ses millions de l’ADA), et est déclaré en fuite, donc illégal, donc expulsable à loisir. Or, les pays frontaliers de l’U.E. sont logiquement ceux qui enregistrent le plus de dublinés (Grèce, Espagne, Autriche) ; sans même parler des aspirations géographiques personnelles des migrants, plus le nombre de dublinés d’un pays augmente, plus sa politique frontalière et son processus de droit d’asile sera restrictif. Et une fois le migrant refusé dans le pays où il a été dubliné, il ne peut retenter sa chance dans un pays de l’U.E., car la demande de droit d’asile est unique et n’est étudiée qu’une seule fois.

Nous vivons dans une ère aveuglément capitaliste. Le monde est un vaste village où circulent les biens et les personnes, mais surtout les biens. Depuis bientôt deux siècles, le capitalisme creuse avec plaisir les inégalités, appuie les régimes autoritaires, et last but not least, dérègle les lois de la nature. Participant actif de ce système, l’Union européenne apparaît pour beaucoup comme l’un des derniers espaces viables, sans conflit armé sur son sol, et sans trop encore de catastrophes climatiques. Bref, les phénomènes migratoires sont un fait et ne sont pas prêts de s’arrêter, que l’on ferme les frontières ou non. Or, eu égard aux politiques actuelles, il n’est pas exclu du tout que nous devenions à notre tour des Grands Méchants Migrants, et ce dans un futur moins lointain qu’il n’y paraît. Épuisés et désespérés, nous fuirons avec femme et enfants à dos d’âne ou sur un bateau pneumatique une guerre, une famine ou l’apocalypse climatique.

Espérons alors que nos prochains montreront davantage de clémence que nous.

Ndlr : le titre de l’article est inspiré de la chanson “Qui a peur du Grand Méchant Loup ?”, composée par Frank Churchill pour le court-métrage d’animation Les Trois Petits Cochons. La date sent déjà mauvais (1933), et la figure du loup est intéressante en ce sens que son plus grand tort n’est pas d’être carnivore, mais d’être avant tout un errant, sans toit et mal fagoté.

(1) En juillet 2016, nous critiquions déjà le traitement médiatique d’évènements meurtriers commis par des individus au profil non-caucasien. Ajouté à cela, l’intox est un vieux truc néo-fasciste qui fonctionne hélas pas mal dès qu’il s’agit des migrants.

(2) et (3) Nous nous appuyons sur le rapport 2017 de l’OCDE, “Perspectives des migrations internationales 2017”. Les chiffres spécifiques à la France sont indiqués p. 214.

(4) Intellectuel, pamphlétiste aux idées socialistes voire marxiste, issu d’une famille juive, le pauvre Alfred n’a décidément rien pour plaire au Reich. Il se réfugie à Paris dès 1933. En dépit de sa célébrité littéraire et d’opposant au nazisme, d’un poste au Ministère de la Guerre et de l’engagement de son fils Wolfgang dans l’armée française, il doit fuir en zone libre, puis en Espagne, avant de prendre l’un des derniers bateaux à Lisbonne en partance pour les États-Unis. Döblin démontre point par point l’inefficacité et l’hostilité affichée de l’administration française face à celui qu’elle considère potentiellement comme un espion, et qu’elle n’hésite pas à enfermer dans des camps d’internement. Les seules aides dont il bénéficie – et qui sauveront sa vie, celle de sa femme et de son jeune fils Stefan – proviennent d’initiatives individuelles ou associatives.

(5) L’article L622-4 prévoit notamment pour l’individu en situation irrégulière, outre l’hébergement par un membre de la famille ou le conjoint, l’absence de poursuites “pour toute personne physique ou morale, lorsque l’acte reproché n’a donné lieu à aucune contrepartie directe ou indirecte et consistait à fournir des conseils juridiques ou des prestations de restauration, d’hébergement ou de soins médicaux destinées à assurer des conditions de vie dignes et décentes à l’étranger, ou bien toute autre aide visant à préserver la dignité ou l’intégrité physique de celui-ci.”

(6) La situation des migrants mineurs à la rue est parfaitement connue, et laissée telle quelle par les pouvoirs publics (même Le Point le dit !). Cette précarité n’est pas propre à Paris, et se retrouve sur tout le territoire : MarseilleAmiensToulon ou Rouen.

 

REUTERS PULITZER PRIZE BREAKING NEWS PHOTOGRAPHY ENTRY
Yannis Behrakis (Reuters Agency), 2016 Pulitzer Prize.

 

Who’s afraid of the Big Bad Migrant ?

This word « migrant » always ruffles me a bit, it sounds like a kind of rare bird, which flies towards more peaceful tropics (and, spiteful tongues would say, where allowances bloom). Anyway, a technical term is needed here.

Economic, political, climate, the Big Bad Migrant frightens and makes the news, that is to say, the news medias chose to give to the audience (1). However, these simple statistics would relax the fiercest : there are 511 millions of inhabitants in E.U., and 21 millions aren’t European citizens, all nationalities together (so 4% of the population !). In 2015, there were 298 000 migrants in France (2), while the total number of the population is 67 millions (so 0,44% !). So go to hell with the concept of « Great Invasion » please.

The expression « asylum seeker » bunches a broad range of migrants in complex situations, coming from E.U. or not. Obtaining asylum is a protection against the regime the migrant is fighting or escaping. A migrant can officially become a refugee, or a stateless person ; he can get subsidiary protection or constitutional asylum. In any case, this procedure is never a funny decision, and most of the time, it is a choice without return. Indeed, if the asylum is given, the migrant will never come back to his country, or not before many years. The migrant can flee for political and economical reasons (that is to say, being persecuted and dying of hunger) ; in practice, preference is given to migrants with political motifs, because, after all they are too many, there have always been waves of poor guys, and this is not the moment to feel tenderness, come on. And yet, this terrible distinction, understandable for some aspects (for example, economic migrants and political refugees don’t depend on the same legislation, but respectively on the Minister of the Interior and the 1951 Refugee Convention), allows above all a sordid triage and excludes right away and under the guise of the law thousands of people. The case of Venezuela is particularly significant : monstrous inflation, authoritarianism of Maduro, and daily delinquency pushed thousands of Venezuelan people to try their luck elsewhere, including Europe. And yet, it is very difficult for the majority to prove something else than their economical insecurity, to correlate this last with a political pressure directly applied on them, or to demonstrate with certainty that there will be reprisals if they return. Only famous opponents, with mediatized voice, such as ex-chief prosecutor Luisa Ortega, are trust or considered ; ordinary migrant has great difficulties ensuring a link between the political context and his own escape ; for sure, the linguistic and cultural gate with the receiving country doesn’t help.

No, French administration isn’t at the service of migrants. It is everything but indulgent : in 2016, upon 70 000 requests for asylum, only 1/3 was provided (3), which is far below the European average (68% of positive answer). A migrant can only apply once for asylum ; so the process isn’t unlimited nor extendible. And then, those who never complained when they have to go to the Prefecture for car papers can throw stones. No one ignores the very Spartan aspect of theses places (rooms without chairs, no air conditioning nor heating, toilets out of order), long queues long before dawn, from monday to friday, sometimes even on the road where cars pass by, lack of accessibility (no elevators or out of oder, no multilingual information panels, etc.), and the amazing bureaucratic logic (overworked staff with one office opened on four, appointments systematically at the same hour for everybody early in the morning but with a limited number of tickets, dispensed in one hour, no cases grouped by nationalities or languages for a quicker management, no interpreters, etc.)

Files are slowly, very slowly processed. Any requested document must be sent as recommended, and with an acknowledgement of receipt (5,10€ the letter, quite expensive for someone with income). Any mistake, such as delay in sending documents or an absence at an appointment (which can be also due to the non-obtention of an appointment, as said earlier, because of the very short time and the small quota of appointments given, and with non certificate to show for those who couldn’t get a meeting) jeopardizes the administrative process, and leads to sanctions (for example, the suspension of the Allowance for Asylum Seeker). In contrast, any mistake from the administration (loss of documents, typing error, documents sent to the wrong address) causes no sanction for the office, and no reparation for the migrant. If he hasn’t seen or reported the mistake, he is compromised and eventually sanctioned. In some parts of France, the reception of migrants is more than questionable : illegal confinement and eviction in Menton this summer, daily persecutions by the police in Calais, and chased away migrants during the presidential visit in Lyon this September.

In 1940, German people escaping from Nazism experienced the very same system. In Destiny’s Journey (Schicksalsreise), chronicles of his frantic flight from Wehrmacht, famous author Alfred Döblin (4) wrote :

« Perhaps the travel was interesting : we were crossing half of the town. However, our need for travel was already fulfilled. (…) We were sweating, and we started to feel tired. Some cars were driving fast next to us and overtaking us. (…) The alley was enlarged and formed a kind of place where there were a group of people, men and women simply and properly dressed. (…) Everybody was waiting … waiting for being admitted. (…). At the top of the stairs, people were moving here and there and were rested against the balustrade, staring blankly into space. (…) We have to go for this number. (…) We got a number : there were more than a dozen persons before us, and with our late arrival, who knows if we would be received today, the office being closed in the afternoon. (…) People were having discussions with unfortunate companions they didn’t meet since Paris. They were coming from different camps and they were talking about other people, who were still on the road. The general mood was gloomy : one tries here, but there is no hope. They were talking about the political situation, and these were discouraging palavers. »

« Marseille or the hunt for visas », 1949, homemade translation.

Almost eighty years later, in spite of Fifth Republic and computing revolution, nothing has changed and the testimony of Döblin remains sadly relevant. Internments camps for Spanish Republicans and then Harkis became detention centers and slum areas, periodically closed or destroyed, with no longterm solution (but expulsion).

No, French State doesn’t give m/billions to migrants. During the presidency of Nicolas Sarkozy, François Hollande or now Jupiter (5), the Big Bad Migrant is and stays in the sewer. A person waiting for the asylum request doesn’t have the right to work. He/She has to wait for nine months and gets a temporary authorization for working, with the proof of a recruitment commitment or a future contract. Black labour is of course forbidden, migrant and employer can be both condemned, even in the case of small jobs (cleaning, baby-sitting).

In theory, a migrant can ask the Allowance for Asylum Seeker (ADA). This financial support (the only one) is provided for any asylum seeker aged over 18 :

  • if he/she applies
  • if he/she totally accepts the material conditions of the French Office for Immigration and Integration (OFII), for example, an obligatory accommodation
  • if his/her administrative situation is under review
  • if he/she gives the official attestation for the above-mentioned condition
  • if he/she can prove he/she earns less than the Active Solidarity Income (RSA, that is to say 500€/month)

For your information, here is the official fee schedule :

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“Daily amount of the allowance for an asylum seeker”

Let’s take the « most expensive » example, the first case. A single Big Bad Migrant could get the ADA during nine months (we can suppose the migrant might have received after this time the decision about his asylum request, or asks for a work authorization) and without interruption, immediately after his arrival to France (which never happens, btw). So, from 270 to 279 days at 6,80€, the migrant would get between 1836 and 1897,2€. Concrete translation : for 6,80€ a day, you send a recommended letter (5,10€) and you can say goodbye to your meal and to the bus which brings you to the Prefecture.

For general guidance, the abolition of the Solidarity Tax on Wealth (ISF) costs 5 bloody billions per year, the Tax Credit for Competitiveness and Employment (CICE) 20 billions per year, and fiscal evasion between bloody 60 and bloody 80 billions per year.

In theory too, a migrant can ask for Judicial Assistance (AJ), that is to say, a lawyer. As for ADA, AJ isn’t automatically allowed, and the request takes time. Another urban legend : no, the Big Bad Migrant doesn’t dig the hole of Social Security (6), he only has access to emergency care. If he can proves the legality of his process of asylum seeker, he can ask for the Universal Protection Health (PUMa). This procedure is of course tedious ; without help (from NGO for example), PUMa remains inaccessible or even unknown to the migrant. Accommodation is also a huge problem, even with an official refugee status. Shelters are saturated ; the only options are the associative systems (such as Utopia 56, Roya Citoyenne …) and individual initiatives (Cédric Herrou). Since 2013, the L622-4 law forbids to punish humanitarian sheltering (7). In reality, it’s the L622-1 law from 1945 which predominates : 5 years’ imprisonment and a fine of 30 000€ for any French or European host. The judicial and police harassment against Cédric Herrou is the most emblematic case, but other arrests or proceedings happened : retiree Monique Pouille in Calais, Professor Pierre-Alain Mannoni in Nice, Human Rights League militant Paul Garrigues in Dijon … All over the country, hundreds of migrants sleep in the streets, including children (8), or in urgency shelters, where they have to live with marginalized populations.

The most precarious cases are the dublinised, that is to say the Big Bad Migrants who arrived illegally in E.U. and who had to let their fingerprints in Eurodac system. This system forces the migrant to do his asylum request only in the country he was controlled (so, generally in the first arriving country) ; if he travels in other countries of E.U. and gets caught, he is deported to this same country. Dublin III regulation controls at the same time the movement of the migrant, and facilitates his expulsion : most of the time, the asylum seeker is under house arrest or detained, but it doesn’t mean his procedure will be easier or quicker. If one of the rules is not respected (change of address, missing an appointment), the migrant loses his few rights (for example, the billions of ADA) and officially declared as fugitive, so illegal, so under the danger of deportation. Besides, bordering countries are logically those that register the highest number of dublinised (Greece, Spain, Austria) ; the more the number of dublinised increases in a country, the more the border policy and the asylum process will be restrictive. Once the asylum request is rejected, the dublinised migrant can’t try another process in a new country, because, as said earlier, the procedure is unique.

We live under a blindly capitalist era. The world is a big village where goods and people can circulate, and above all goods. For almost two centuries, capitalism digs with great pleasure inequalities, supports authoritarian regimes, and last but not least, disrupts the laws of Nature. Active participant of this system, the European Union appears for many people as one of the last safe places, without military conflict and yet without climate catastrophes. In a word, migration is a real phenomenon and it won’t stop, with or without closed borders. And yet, considering the current policies, it is not excluded at all that we could become Big Bad Migrants, and in a close future. Thus, exhausted and desperate, we will flee from war, hunger or climate apocalypse with wife and children, on the back of a donkey or in a pneumatic boat.

Let’s hope our neighbors will show more mercy than us.

 

Ndlr : the title of this article comes from the song “Who’s afraid of the Big Bad Wolf ?“, by Frank Churchill for cartoon Three Little Pigs. The date already smells bad (1933), and the figure of the wolf is quite interesting, because he’s not only a carnivore, but above all a wanderer, without a roof and poorly dressed.

(1) In 2016, we already criticized the media coverage around violent events when the author has a non-Caucasian profile. Also, misinformation is the guilty pleasure of (neo) Fascists, and unfortunately it works quite well when they talk about migrants.

(2) and (3) We read the International Migration Outlook 2017 by OECD. Specific informations about France are given page 214.

(4) Intellectual, journalist with socialist and even marxist ideas, born in a Jewish family, poor Alfred had nothing to please the Third Reich. He flees Germany and lives in Paris. In spite of his celebrity as a writer and a strong opponent against nazism, his work for the War Ministry and the enlistment of his son Wolfgang in French army,  he has to move to the free zone, then Spain, before taking one of the last boat for U.S. in Lisbon. Döblin shows in his chronicles the inefficiency and the public hostility of the French administration, who dares consider him as a potential spy, and sends him to internment camps. The only assistances – who will save his life, his wife and his young son Stefan – come from associative or individual initiatives.

(5) Jupiter is the nickname for the actual French President Emmanuel Macron.

(6) The French Social Security (Sécu) is a post-war creation (and a Communist idea btw !). Taxes and contributions guarantee a free health system which takes care of the whole population, including poor and foreigners. Obviously, this assistance is great but not perfect, and the Sécu presents a deficit of billions (the French call it with a certain elegance “a hole”).

(7) According to L622-4 law, legal proceeding isn’t possible against someone who gave freely, and without any consideration, legal advices, food, accommodation or medical care, if it is in the aim to preserve dignity and physical integrity of a person in an irregular situation.

(8) The French government is perfectly aware of the situation about child migrants, and is fine with it (even right-orientated newspaper Le Point said it !). This fragility runs all over the country, not only in Paris but also in Marseille, Amiens, Toulon and Rouen.

Dorothea Lange - Family walking on highway, five children. Started from Idabel, Oklahoma. Bound for Krebs, Oklahoma, 1938
Dorothea Lange, “Family walking on highway, five children”, Oklahoma, 1938.

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